L’art des arts, c’est la conduite des âmes.
 
 
 
 
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DIOCESE DE KARA

DIOCESE DE KARA
Erigé le 1er juillet 1994

EVECHE: B.P. 45 KARA-TOGO
E-mail: economa-kara@bibway.com
Fax.: (228) 66 60 13 17 / (228) 66 60 15 50 (Economat)


 


Monseigneur Jacques Danka LONGA

 



Evêque: Mgr Jacques Danka LONGA

 

Lettre Pastorale aux fidèles du diocèse de Kara

ALLEZ VOUS AUSSI A MA VIGNE

Introduction


Au cours de l’année pastorale dernière, j’ai eu la grâce de visiter presque toutes les paroisses du diocèse. Cela m’a permis de constater l’œuvre de Dieu dans les cœurs et les différents milieux du diocèse. J’en rends gloire à Dieu et hommage à tous ceux et celles qui ont travaillé et travaillent encore à l’évangélisation du et dans le diocèse.
Merci pour l’accueil enthousiaste, spontané, chaleureux et fraternel de la part aussi bien des pasteurs que des fidèles élargis aux sympathisants, hommes et femmes de bonne volonté. Sans doute, ce fut l’expression de la foi virtuelle ou réelle, en puissance ou déjà en acte. Dieu récompense chacun, non seulement à la mesure de son désir et de ses besoins mais plus encore selon le cœur aimant et miséricordieux de notre Seigneur Jésus.
Expression de la foi, ce que nous avons vécu nous rappelle qu’ensemble, chacun à la place où il se trouve et selon la grâce de l’heure, est appelé à laisser s’éclater toujours davantage ce don précieux reçu, gratuitement du Seigneur de la Vigne. Quelle Eglise sommes-nous ? Quelle Eglise voulons-nous être ? Partageant la même foi, il nous faut travailler, ensemble, pour construire l’Eglise est au diocèse de Kara. Debout ! Éveillons-nous construisons notre Eglise. Faisons nôtres tous les soucis, les joies et les peines des uns et des autres. C’est dans cette perspective que les Journées Pastorales de cette année ont abordé le thème que voici : La pastorale des vocations dans notre diocèse. Ce sujet a été travaillé en cinq sous-thèmes : La famille comme lieu d’éclosion des vocations ; La paroisse comme protagoniste dans l’accompagnement vocationnel ; Un mot sur le recrutement dans les Instituts Religieux ; Le recrutement et l’accompagnement de nos grands séminaristes ; enfin le rôle des Œuvres Pontificales Missionnaires (OPM) dans la pastorale des vocations. Les réflexions ont permis de dégager quelques orientations pour notre vie d’Eglise et en Eglise durant l’année pastorale qui commence. Ainsi que je le disais dans mon mot de clôture de ces journées, « les propositions exprimées et celles que suggèrent les débats de ces jours feront l’objet d’orientations pastorales ou de décisions selon que la Providence le voudra. »
Pour l’heure, il faut dire qu’en ce qui concerne la pastorale des vocations, l’exemple de ceux qui se sont déjà consacrés pour Dieu et à Dieu revêt un caractère important et irremplaçable sous bien des aspects. En réalité nous avons les consacrés, les prêtres que nous méritons. La pastorale des vocations dans ce sens est une vision de l’Eglise. En effet, « à propos justement des critiques fondées ou non que les fidèles font aux prêtres, je pose la question d’où viennent ces prêtres ? Ne surgissent-ils pas de nos familles ? Ne sont-ils pas des nôtres ? Quelle éducation ont-ils reçu de nous dans nos familles ? Quel accompagnement leur avons-nous donné quand ils étaient en formation et vivaient au milieu de nous dans leurs paroisses d’origine ou de stage ? Une fois devenus prêtres, quels conseils et orientations leur donnons-nous quand nous les invitons à manger, à prendre un verre avec nous ? Chaque société, chaque paroisse, chaque église ne peut offrir que ce qu’elle a et ce qu’elle est ».
Voilà pourquoi, afin de nous aider à cheminer comme Eglise-Famille de Dieu durant l’année pastorale qui commence, et à la suite de ces Journées pastorales, en lien avec l’année sacerdotale voulue par le Saint-Père le Pape Benoît XVI, j’ai choisi de vous écrire sur le thème que voici : « Allez vous aussi à ma vigne ».


I- Allez vous aussi.
Allez vous aussi à ma vigne. C’est l’invitation que, selon Matthieu, un maître de domaine lance à des hommes assis sur la place publique, désœuvrés. Envoyés à différentes heures de la journée, le soir venu ils reçoivent tous le même salaire. Il est facile de voir en cette parabole de Matthieu, un enseignement sur l’Eglise dans le monde. Ainsi, Dieu, le Maître de la Vigne appelle tous, grands ou petits, hommes ou femmes, jeunes ou adultes, riches ou pauvres. C’est un appel qui s’adresse d’abord au cœur de tous et de chacun. Là, malgré les cendres, se trouve caché, un feu, le feu de la présence de Dieu. Ce feu n’attend que d’être remué pour pouvoir brûler et éclairer. Là, au-delà de la carapace, tout homme est riche et bon. Là, Dieu veut se faire connaître et écouter. C’est un appel libre et persuasif, tendre et aimant qui cherche à donner plutôt qu’à recevoir. Ceux et celles qui entendent cette voix et se laissent faire par elle, sont destinés au même héritage : la sainteté. L’Eglise nous enseigne cette vérité avec force : la vocation première et ultime de tous, c’est la sainteté c’est-à-dire la vie avec Dieu pour toujours. Tout le chapitre V de la Constitution dogmatique sur l’Eglise est consacré à ce sujet. Il est même intitulé « Appel universel à la sainteté dans l’Eglise » . Nous y lisons par exemple : « Appelés par Dieu, non au titre de leurs œuvres mais au titre de son dessein et de sa grâce, justifiés en Jésus notre Seigneur, les disciples du Christ sont véritablement devenus dans le baptême et la foi, fils de Dieu, participants de la nature divine et par conséquent, réellement saints. Cette sanctification qu’ils ont reçue, il leur faut donc, avec la grâce de Dieu, la conserver et l’achever par leur vie ». Voilà ce à quoi chacun de nous doit tendre au-delà de l’état de vie dans lequel nous nous trouvons, consacrés ou laïcs.
Allez. Aujourd’hui encore c’est un appel urgent que le Seigneur nous adresse. Selon les estimations, notre diocèse couvre actuellement 10 500 km2 et compte environ 1000 000 d’habitants dont 200 000 catholiques. Le champ à moissonner est donc grand, vaste, très vaste. Il nous faut réveiller en nous l’esprit missionnaire. Cela de deux manières, au moins : la vie de témoignage et l’urgence de parler de Dieu aux hommes.
La vie de témoignage.
A l’étape actuelle de notre diocèse, il semble que le premier témoignage que nous devons donner est celui de l’accueil les uns les autres comme fils et filles d’un même Père. En effet, accueillir l’autre revient à prêter attention à lui, à se laisser interpeller au plus profond de soi-même par ce qu’il est, fait, dit et veut. Accueillir l’autre, c’est lui permettre de s’exprimer. Accueillir l’autre c’est se laisser enrichir par lui. L’accueil ici prend alors le sens que s. Jean lui donne dans son Evangile. En parlant de Jésus, il dit en effet : « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli, (reçu). Mais à ceux qui l’ont reçu il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » . L’accueil de l’autre prend sa source et trouve son sommet en la Trinité qui crée et sauve le monde, les hommes et chacun des hommes. Cet esprit devrait pénétrer dans nos cœurs et nos esprits de sorte que chacun puisse se sentir accueilli, accepté, cela, à tous les niveaux de vie : famille, quartier ou, mouvement d’action catholique, groupe de prière, presbytère, maison religieuse…
De cela découle la solidarité entre nous. Les moments difficiles que nous traversons aussi bien au niveau de nos pays qu’au niveau international nous y invitent de façon pressante. Le Pape, à plusieurs reprises est revenu là-dessus, notamment dans son message du jour de l’an 2009, Journée Mondiale de prière pour la paix , et dans sa 3e encyclique Caritas in veritate. Justement dans cette encyclique, il écrit : « la solidarité signifie avant tout se sentir tous responsables de tous ».
En fait, l’esprit d’accueil et de solidarité ne doit pas être vécu déraciné, arraché de son milieu originel : la charité chrétienne. Deus Caritas est. Dieu est amour. C’est dans ce sens que les Journées Pastorales de cette année ont insisté sur le partage et l’éducation au sens du partage comme choses fondamentales dans l’œuvre missionnaire confiée à l’Eglise et que les OPM promeuvent à travers le monde entier. Ce partage de la foi s’exprime en trois volets particulièrement : la prière et le sacrifice, l’aide matérielle et financière et les vocations missionnaires. Une sensibilisation s’avère indispensable sur ces trois points si nous voulons une Eglise qui grandisse et s’enracine effectivement dans nos milieux, une Eglise responsable de sa propre croissance spirituelle, matérielle et financière. Les prêtres, les religieux et les religieuses doivent se sentir interpellés de façon particulière sur cet aspect. Que l’on insiste sur ce point sur les paroisses, dans les familles, les mouvements d’action catholique et groupes de prières. Et que chacun de nous se sente donc concerné par la vie de sa paroisse, de sa communauté et de son diocèse.
Vivre cela est un bel exemple de pastorale des vocations. Car c’est, d’une part, un exercice sur le chemin de la sainteté, vivre comme Dieu et avec Dieu et en Dieu. D’autre part, c’est aussi montrer, donner Dieu à ceux qui ne le connaissent pas encore. A ce niveau, qu’il soit permit de citer ici le Nonce Apostolique au Benin et au Togo, Mgr Michaël August BLUME, dans son discours le jour de l’annonce officielle de l’élection d’un évêque Coadjuteur pour le diocèse de Kara, notre diocèse. Il disait : « Chers amis, notre exemple et notre communion ont aussi un rôle important dans le projet de réconciliation nationale, à partir de notre unité et de nos efforts de vivre ensemble en harmonie avec la richesse et la variété de cultures et de langues qui se trouve en ce diocèse. C’est un projet spirituel et en même temps visible, qui manifeste la force de l’Esprit Saint qui attire nos frères et sœurs au Christ ».
Donner Dieu aux hommes par notre témoignage oui. Mais il nous faut, par nos paroles, parler aussi de lui. Vie et Parole. Parole et Vie. Jésus enseigne aussi bien par sa vie que par ses paroles. Dans cette ligne l’Eglise enseigne que, « de part sa nature, l’Eglise est missionnaire ».
A ce propos il est bon de nous rappeler l’année jubilaire de s. Paul que nous venons de célébrer. Pour marquer cet évènement, notre diocèse s’est mis sous la protection et le patronage de cet insigne Apôtre. Sa vie nous invite à être des missionnaires, chacun là où il est. « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’évangile » . Suivons donc son exemple. Ne soyons pas des paresseux pour Dieu. L’annonce de la Parole de Dieu aux autres est une haute et noble forme de Charité. Car, annoncer le Christ aux autres c’est leur donner de rencontrer Celui qui les a faits et Celui pour qui ils sont faits ; Celui vers qui ils doivent tendre ; Celui sans qui ils ne sont et ne peuvent rien. De fait le pape Benoît XVI, dans son message pour la Journée Mondiale des Missions 2009, écrit : « Ce qui est en question c’est le salut éternel des personnes, la fin et l’accomplissement même de l’histoire humaine et de l’univers. Animés et inspirés par l’Apôtre des Nations, nous devons être conscients que Dieu a un peuple nombreux dans toutes les villes parcourues, y compris par les Apôtres d’aujourd’hui (cf. Actes 18,10). En effet, ‘’la promesse est pour tous ceux qui sont loin, en aussi grand nombre que le Seigneur les appellera’’ (Actes 2, 39). L’Eglise entière doit s’engager dans la ‘Missio Ad Gentes’ tant que la souveraineté salvifique du Christ ne sera pas pleinement réalisée. ‘’ Actuellement, nous ne voyons pas encore que tout lui soit soumis’’ (Hébreux 2, 8) ».
Dans cette perspective, il nous faut chercher à connaître davantage la Parole de Dieu, à promouvoir sa diffusion. Il convient de mentionner ici deux acteurs : les catéchistes et ceux qui travaillent à la traduction de la Bible.
L’on entend ici par catéchistes les laïcs, religieux et religieuses, prêtres qui se donnent pour éduquer la foi de leurs frères et sœurs, les préparant aux divers sacrements ou les aidant à approfondir leur foi. Ils sont irremplaçables surtout les catéchistes laïcs de nos communautés où souvent, le prêtre ne va que pour la messe ou quelque autre occasion. Nous leur devons respect, reconnaissance. Ils sont à louer. Souvent ils rendent ce service gratuitement et parfois dans des conditions difficiles, très difficiles.
Ensuite, louons et encourageons tous les efforts qui se font dans le domaine de la traduction de la Bible en nos langues. Traduire la Bible en langues locales est important. Encore faut-il que les fidèles s’intéressent à leur propre langue de façon à pouvoir apprécier à sa juste valeur ce travail énorme et astreignant.


II. « Je vous ai choisis et institués»
Allez. Cet appel de Dieu s’adresse particulièrement à certains parmi les hommes et les femmes qui acceptent faire de leur vie, malgré leur indignité et leurs péchés, une recherche continuelle de la volonté de Dieu et un effort soutenu de se rendre agréables à Lui, devenant ainsi lieu de révélation ici et maintenant de la Gloire de Dieu dans les dessous des misères humaines.
J’adresse mes félicitations et encouragements à ceux et celles, qui, natifs ou non, répondent quotidiennement à l’appel de Dieu dans notre diocèse. Notre diocèse comme nous le savons, est né, en grande partie du diocèse de Sokodé qui date de 1955. Pour que nous soyons diocèse aujourd’hui, des hommes et des femmes ont travaillé à jeter la bonne semence de l’Evangile dans cette partie du monde. Celle-ci a poussé et poursuit sa croissance. Merci au Seigneur pour le diocèse de Kara, pour son histoire, pour tous ceux et celles qui ont travaillé et travaillent encore à son évangélisation. Tout en reconnaissant la fécondité du labeur, n’oublions pas que notre diocèse est tout de même jeune. Il n’a que quinze ans. Tout en étant fiers de nos devanciers, « redécouvrons notre noble vocation de témoins de la mort et de la résurrection de Jésus dans le monde. Soyons les dignes fils et filles de nos ancêtres dans la foi que sont les saints, ceux qui nous ont évangélisés, missionnaires venus d’outre-mer, évêques et prêtres sortis de nos familles. Soyons les dignes fils et filles de ceux qui nous ont évangélisés : catéchistes, pères et mères de familles ».
Pour ce qui est de nous les consacrés et particulièrement les prêtres, en cette Année Sacerdotale prenons à cœur ce que le Pape Benoît XVI nous dit dans sa lettre d’indiction de la même année. Il faudrait la lire et la méditer. En particulier, il nous rappelle que la sainteté personnelle du prêtre est nécessaire pour la fécondité de son ministère et il nous invite à suivre l’exemple du saint curé d’Ars : Pénitence, prière et prédication de la Parole de Dieu. Il y a donc, la nécessité de se donner toujours davantage pour nos frères et sœurs catholiques et chrétiens non-catholiques, croyants de tous ordres. En cela, l’on doit voir en nous des personnes proches de chacun et de tous, libres à l’égard de tous et de chacun . Vivre cela est une manière éloquente, discrète, forte et sans paroles de faire la pastorale des vocations. Car, de cette façon les jeunes sont encouragés à rechercher la vertu et la vie vertueuse, les familles sont soutenues dans leurs efforts de témoignage, les couples sont fortifiés dans leur lutte pour être fidèles à leur vocation, les laïcs trouvent la force pour prendre leurs responsabilités dans la cité. C’est pourquoi il n’est pas superflu de nous rappeler à nous-mêmes les consacrés ce que nous savons déjà. Et d’abord la nécessité du témoignage de la vie commune.
La nécessité d’une certaine vie commune et de fraternité
Une des choses que Jésus a vivement recommandée à ses disciples et plus particulièrement à ses apôtres c’est l’unité. Il ne l’a pas seulement recommandé mais il a demandé cette grâce au Père pour ces apôtres : « qu’ils soient un comme toi Père tu es en moi et moi en toi afin que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé ». Une des raisons pour ce vœu est la participation à l’unique mystère : Dieu qui associe tous à son œuvre d’amour. La source et la force de cette unité demeurent donc Dieu et la commune mission. Ainsi, l’effort de vie commune, l’unité d’action et de parole ne sont pas secondaires mais essentielles pour la vie et la mission de l’Eglise et plus particulièrement des prêtres et des consacrés. Rappelons-nous le témoignage des premiers chrétiens, nos ancêtres : ils n’avaient plus qu’un seul cœur et une seule âme . La vie commune de ceux qui président au service de la communauté devient une annonce éloquente de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.
Ce témoignage de communion et de fraternité entre les consacrés est important particulièrement dans la pastorale des vocations. De fait, au cours des journées pastorales, s’agissant de la pastorale des Instituts Religieux présents dans le diocèse, il a été souhaité une constructive collaboration entre les différents protagonistes. Nous devons éviter de travailler en rangs dispersés, donnant l’impression d’agir l’un contre l’autre. L’on peut dire que nous sommes une seule armée, celle de Jésus-Christ ayant plusieurs régiments et un seul ennemi à combattre : le mal en nous et dans le monde. Dans leur pastorale des vocations les Instituts religieux d’une part et les prêtres diocésains d’autre part, doivent œuvrer dans le sens de la concertation et surtout de l’Eglise communion.
Cela amène à inviter les prêtres à soigner un peu plus les vocations dans leurs paroisses. Les jeunes ont besoin de se sentir aimés et encouragés. Mais pour cela, il faut les connaître, les suivre, les soutenir. L’Eglise de demain se prépare dans l’aujourd’hui du soin ou de la négligence dans ce domaine. Il faut donc éviter certaines manières de faire tout autant nuisibles à l’Eglise qu’aux candidats à la vie consacrée eux-mêmes. Ainsi, craignant d’être pris en haine, en adversité par les jeunes, aspirants ou aspirantes, l’on évite de dire la vérité sur ce que l’on sait de la personne. Une autre attitude tout aussi mauvaise, consiste à donner des rapports complaisants. Enfin, il semble plus indiqué de ne pas mêler les sentiments personnels (sympathie et antipathie) aux questions de la vocation. En effet, cela fausse grandement le jugement car l’on devient aveugle et sourd ne voyant et n’entendant que soi-même. Alors que la vocation est un appel de Dieu. Un appel adressé à chacun, personnellement. Accompagner un candidat qui se sent appelé par Dieu, c’est se mettre à l’écoute de ce que Dieu veut pour la personne.

La liberté par rapport à la politique et à l’argent (au gain)
Je me souviens d’un prêtre qui aimait répéter ceci « Mon parti politique, c’est l’homme ». Cette petite phrase, à mon sens, évoque le comportement que le pasteur doit avoir par rapport à la politique. Dans mon discours du 26 juillet 2008, parlant des rapports entre l’Eglise et la politique sous-entendu l’Etat, je disais : « l’Eglise et le pouvoir civil ont besoin l’une de l’autre. Ils ont donc intérêt à s’entraider dans l’accomplissement de leur mission ceci dans le strict respect des compétences des uns et des autres. L’Eglise, tout comme l’Etat, est au service de la personne humaine. Seulement que l’Eglise s’intéresse à toute la personne humaine surtout dans sa destinée finale. C’est ce qui explique que l’Eglise intervienne quand la personne humaine est bafouée dans sa dignité intangible. Et dans ce domaine on n’a jamais fait assez ». Sans rien exagérer, l’on doit dire que, prêtres ou consacrés, sans être des hommes engagés dans aucun parti politique, nous sommes appelés à œuvrer pour une politique au service de la personne humaine. Ce que l’Eglise attend du prêtre en politique, celle-ci étant entendue comme organisation de la vie en société, est qu’il éclaire et forme les consciences sur les principes. Dans ce sens, notre action est de former les fidèles aux valeurs morales imprégnées de l’Evangile, valeurs morales telles la justice et la paix, l’honnêteté et le respect scrupuleux des droits de l’homme, l’accomplissement consciencieux de ses propres devoirs, l’amour du travail bien fait. Ce faisant, les consacrés aideront les fidèles laïcs à prendre leurs responsabilités dans les réalités temporelles ainsi que l’Eglise nous l’enseigne : « c’est à eux qu’il revient, d’une manière particulière, d’éclairer et d’orienter toutes les réalités temporelles auxquelles ils sont étroitement unis, de telle sorte qu’elles se fassent et prospèrent constamment selon le Christ et soient à la louange du Créateur et Rédempteur ».
Cette vision du consacré dans ses relations avec la politique répond bien à la vocation qui est la sienne. En effet, le consacré, en particulier le prêtre, est l’homme qui, au nom de Dieu, doit pouvoir être accessible à tous et serviteur de tous. Tous, de tous les bords politiques, doivent pouvoir recevoir de sa bouche la parole qui s’adresse au cœur de la personne humaine, ce lieu où tout homme peut et doit entendre la voix de Dieu, d’une façon ou d’une autre. De plus, par notre engagement pour améliorer les conditions de vie de nos concitoyens, par le jugement que le Magistère prononce sur les questions sociales, l’Eglise contribue à construire une société où chacun jouit de ses droits et s’efforce d’assumer ses devoirs. C’est pourquoi, nous devons nous intéresser aux réalités et conditions de vie de nos fidèles, écoutant, suivant et analysant les évènements qui touchent à la vie de notre nation et du monde, cela, à la lumière de l’enseignement social de l’Eglise, notamment la dernière encyclique de Benoît XVI, Caritas in veritate et le Compendium de l’Enseignement Social de l’Eglise présenté l’an dernier à Lomé par son Eminence Renato Raffaelle card. Martino. Il serait donc bon et utile que chaque prêtre, consacré, reprenne l’encyclique du pape et le Compendium en question pour se situer par rapport à sa mission en relation avec la politique, en général et en particulier dans notre pays. Nous devons éviter les propos équivoques, les partis pris trop hâtifs et sans bases solides et objectives. Vis-à-vis de la politique il faut être prudents et viser la personne humaine et ses droits fondamentaux selon l’enseignement du Magistère.
En s’efforçant de vivre ainsi, les consacrés pourront alors être, pour tous, des rassembleurs, parce que serviteurs uniquement et réellement de Jésus-Christ et de son Evangile. Bien sûr que, en matière politique, tout consacré est un homme pouvant et devant avoir son opinion mais cela ne doit jamais être confondu avec son rôle de serviteur de Jésus-Christ. Car le consacré est au service de Dieu. C’est donc sa Parole qu’il faut servir aux hommes et non des opinions personnelles. Ceci rappelle le conseil que donnait Mgr BAKPESSI Matawo Chrétien à un jeune prêtre: « Le prêtre doit savoir être au-dessus de la mêlée». Il le lui répétait à volonté, certainement pour lui dire que la vocation du prêtre est d’être exemple pour ses brebis, toutes. Ceci vaut particulièrement dans le champ politique.
Donnons donc ce témoignage de liberté en politique et ce sera un enseignement fort pour nos fidèles.
Cette même liberté est requise, pour le consacré spécialement dans ses relations à l’argent. Nous savons que Jésus a donné un enseignement clair sur cette réalité qu’est l'argent, moyen d’échanges commerciaux et économiques entre les hommes. Il a mis ses disciples en garde contre le risque d’esclavage que l’on court si on se laisse aller à un désir déréglé de l’argent. « Nul ne peut servir deux maîtres à la fois : ou bien il haïra l’un et il aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et l’Argent ». De même, s. Paul, Apôtre des nations, patron et protecteur de notre diocèse, écrivant à Timothée, son disciple, dit : « la racine de tous les maux, en effet, c’est l’amour de l’argent. Pour s’y être livrés, certains se sont égarés loin de la foi et se sont transpercés l’âme de tourments multiples ».
Aujourd’hui, nous le savons, l’argent est devenu incontournable et en ce sens il est nécessaire pour une vie décente, cela, au-delà de l’état de vie. Nous avons besoin d’argent pour nous vêtir, nous nourrir, faire face à nos nécessités vitales quotidiennes, pour les besoins de nos communautés, de nos églises. Dans notre église particulière, cette question des besoins matériels de la vie du prêtre diocésain est devenue une question cruciale et sensible, depuis quelques années. Devant cette situation réelle et vitale, nous cherchons les moyens de survie avec le risque de nous adonner à des manières et à des choses qui nous éloignent de l’idéal sacerdotal avec pour dernière conséquence que nous devenions esclaves, ne pouvant plus jouir de cette liberté aussi bien dans l’annonce de la Parole de Dieu que dans notre comportement. Non seulement, mais aussi avec cet esclavage nous perdons la crédibilité devant plus d’un de nos fidèles. Parmi ces activités à risque, il y a le commerce ou le négoce ; point sur lequel le code de droit canonique est clair : « Il est défendu aux clercs de faire le négoce ou le commerce par eux-mêmes ou par autrui, à leur profit ou à celui de tiers, sauf permission de l’autorité ecclésiastique légitime ».
Sur ce point de la vie matérielle des prêtres dans notre diocèse, soyons patients. La question est à l’étude en commission. Quoiqu’il en soit, le négoce contre les dispositions de l’Eglise ne semble pas la meilleure solution.
L’obligation de résidence
Une fois ordonné l’on reçoit ce que nous appelons, communément, une nomination. Par cette nomination, nous avons l’obligation de la résidence ainsi que le code nous le demande, surtout pour les prêtres en paroisse et pour l’évêque : 533§ 2 « A moins de raison grave, le curé peut chaque année s’absenter pour des vacances durant au maximum un mois, continue ou non, les jours d’absence pour la retraite spirituelle n’étant pas compris dans le temps de vacances ; cependant, pour une absence de plus d’une semaine le curé est tenu d’en avertir l’ordinaire du lieu » .Au-delà de la loi, mieux encore, l’esprit de la loi, est de nous aider à vivre ce que nous avons promis : consacrer entièrement, notre temps, notre force, notre intelligence, notre savoir faire au peuple de Dieu, et faisant, ainsi servir Dieu. Il n’est pas superflu de rappeler aussi que dans l’Eglise, il n’y a pas de prêtre sans domicile fixe, sans une attache à une communauté. Il n’y a pas de prêtre acéphale. Tout prêtre est attaché à une communauté. Cela s’appelle incardination. Bien plus on n’est pas prêtre pour soi-même. On est prêtre pour les autres. Je crois que nous devons apprendre à nous asseoir. Nous serons certainement plus féconds, plus épanouis comme prêtres de Jésus-Christ. Il en va de notre propre réalisation et du salut de nos frères, chose pour laquelle nous avons accepté la consécration ou l’ordination.
Cependant, résider en paroisse, ne veut pas dire rester toute la journée au bureau. En effet, « Je constate que les prêtres sont envahis, débordés. Le risque c’est de se consacrer plus voire uniquement à ce que j’appelle la pastorale du bureau où l’on reste toute la journée au bureau pour recevoir les fidèles. C’est tout comme les bus de service transports qui, à leurs lieux de stationnement attendent, tranquillement, les passagers. Il est clair que cela est nécessaire, très nécessaire de recevoir les fidèles pour leurs divers besoins. Mais le risque est grand de donner plus de temps à ce type de pastorale sinon trop de temps. Car, je pose la question : et les personnes qui ne sont pas encore baptisées, qui ne connaissent pas encore le Christ ? » Toutefois, si la pastorale du bureau est un risque, et si donc le prêtre est appelé à aller vers les hommes, il faut craindre que l’on ne passe d’un risque à un autre, plus grave : celui d’être toujours sur les routes et nulle part. Celui d’être toujours parti, des affairés sans rien faire ou mieux des affairés pour eux-mêmes. A ce propos, il faut rappeler que la nécessité de se reposer ne doit pas devenir un prétexte pour négliger nos devoirs vis-à-vis des fidèles et par conséquent nos engagements vis-à-vis de Dieu et de son Eglise. Il est question de répondre quotidiennement à l’appel de Dieu que nous avons entendu un jour de notre vie. L’appel de Dieu, nous disent s. Paul notre Patron et Protecteur ainsi que Jérémie, embrase toute notre vie, note histoire.
La liturgie, source première de toute vocation dans l’Eglise
Les prêtres ont un rôle irremplaçable dans l’éducation de la foi des fidèles. La liturgie, culte public rendu à Dieu par son Eglise demeure un lieu privilégié de cette éducation. Voilà pourquoi, il faut soigner les célébrations, respecter les rubriques. Récemment, la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements a publié une instruction pour rappeler la nécessité de fidèlité à la discipline dans la célébration de l’Eucharistie. Qu’en avons-nous fait ? Peut-être qu’en cette Année sacerdotale, il nous faut reprendre cette instruction pour nous replonger dans une sorte de révision et d’évaluation de notre agir et de notre être en liturgie. En effet, l’Année sacerdotale est aussi une occasion pour nous consacrés de revoir le soin que nous mettons dans la préparation, la célébration et le prolongement de la liturgie dans nos vies et nos communautés. Sur le point justement des abus liturgiques, le pape Benoît XVI rappelle « la simplicité des gestes et la sobriété des signes, effectués dans l’ordre et dans les moments prévus, communiquent et impliquent plus que le caractère artificiel d’ajouts inopportuns. L’attention et l’obéissance à la structure propre du rite, tout en exprimant la reconnaissance du caractère de don de l’Eucharistie, manifestent la volonté du ministre d’accueillir, avec une docile gratitude, ce don ineffable » . Le secrétaire de la Congrégation du Clergé dans un entretien accordé au journal Osservatore romano, dit : « Je crois que la (sic) point central est toujours le même : si le prêtre est maître ou bien s’il est serviteur, qui en grec se dit ‘ministre’ de Dieu et du peuple. Si le prêtre se conçoit lui-même comme ‘maître’ de Dieu, des ‘’choses de Dieu’’ et de sa foi et de la foi du peuple, il y aura évidemment toutes sortes d’abus, non seulement liturgiques mais également doctrinaux et disciplinaires, dans un subjectivisme totalement modelé sur la ‘dictature du relativisme’ contemporaine, plus d’une fois mentionnée par le Pape. Si en revanche, il est ce qu’il doit être, c’est-à-dire ministre et serviteur de Dieu et des hommes, il observera les indications de la liturgie, en se rappelant que le Christ lui-même est le célébrant, lorsque le prêtre célèbre, et que personne ne peut arbitrairement prendre des décisions d’autorité sur la foi de l’Eglise et sur le droit des fidèles à jouir de la sainte liturgie, de la manière dont l’Eglise entend la réaliser ».
Pour vivre la liturgie dans l’esprit de l’Eglise, une attention particulière doit être portée à certaines catégories de fidèles, telles les servants de messe, les chorales, les lecteurs, les mouvements et groupe de prières et d’action catholique pour une action et une vision harmonieuse en matière de célébrations liturgiques en génér

 
 
 
 
 
 
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